LE GRAND OISEAU
Par Julie Barlow et Jean-Benoît Nadeau
14 novembre 2007

L’atterrissage de l’Airbus 380 à Montréal hier montre à la face même du monde qu’il y a encore de la science, de l’industrie et du commerce qui se passe en français.
Quatre ans de recherche pour notre livre sur La Grande Aventure de la langue française nous ont convaincus que le français n’est ni une langue de repli identitaire, ni une langue en déclin, mais au contraire qu’il ouvre à tous les horizons.
Pensez seulement au fait qu’il y a trois grandes villes d’aviation dans le monde : Seattle (Boeing), Toulouse (Airbus) et Montréal (Bombardier). Et deux de ces villes sont francophones! Pensez que Bombardier contrôle avec Siemens et Alsthom (française) 60 % du marché mondial du rail. Pensez que SNC-Lavalin est le numéro un mondial du génie international.
Pensez que le numéro deux mondial de la distribution alimentaire après Wal-Mart est Carrefour, de Paris – active dans 53 pays, contre 9 pour Wal-Mart. Pensez aussi que la plus grande compagnie d’énergie nucléaire civile est Areva, basée à Paris. Pensez que le seul programme de lanceur spatial commercialement viable est Ariane, dominé par les Français.
Côté science, c’est pareil : la première opération chirurgicale en apesanteur fut réalisée en 2006 par une équipe française. L’Agence universitaire francophone, basée à Montréal, réseaute plus de 650 universités – des dizaines de milliers de chercheurs – en plus de 350 facultés de français. En 2006, une étude d’une agence ontarienne a montré que Montréal, Québec et Sherbrooke dominent dans leur catégorie respective pour les villes où il se fait le plus de recherche privée et publique au Canada.
Comment se fait-il qu’on n’en entende jamais parler?
Parce que la domination des médias américains, et en particulier de la presse d’affaires et scientifique anglo-américaine donne l’impression qu’il ne se passe rien en dehors de l’anglais, alors que c’est faux. C’est de bonne guerre de leur part, mais sommes-nous obligés de les croire?
En tant que Québécois francophones, nous habitons la langue qui, avec l’anglais, est la plus fortement mondialisée, enseignée et pratiquée dans toutes les sphères d’activité, y compris les secteurs de pointe.
Outre l’anglais, quelle autre langue que le français donne une prise directe, sans traduction, à la réalité d’un diplomate genevois, d’un cheminot belge, d’un intellectuel sénégalais, d’un enfant soldat congolais, d’un prof libanais, d’un cadre algérien, d’un pêcheur polynésien?
Quand les Québécois regarderont un peu la forêt plutôt que les arbres, ils verront qu’ils vivent non seulement dans une forêt boréale, mais aussi tropicale, alpine, désertique, et des îles du pacifique sud!
Journalistes au magazine L’actualité, les auteurs viennent de publier La Grande Aventure de la langue française : de Charlemagne au Cirque du Soleil (Québec Amérique).